L'écologie punitive c'est quoi ?

L’écologie punitive est une notion qui revient souvent dans le débat public. Elle est fréquemment brandie par les réfractaires à la protection de l’environnement comme une menace visant à nous dissuader d’adopter des habitudes de vie plus respectueuses de notre environnement.
Ce changement d’habitudes à visée écologique serait une punition inutile portée par une idéologie politique doctrinaire et sans objet…
Mais cette perception de l’écologie punitive correspond-elle bien à la réalité ? Ne serait-elle pas une vision étriquée et archaïque diffusée par des quelque aigris des mutations inévitables du monde dans lequel nous vivons ?
Nous tentons de donner ici la véritable définition de l’écologie punitive, en nous appuyant sur quelques exemples concrets pour bien en comprendre causes et conséquences.
Exemples d'écologie punitive
Empoisonnements, maladies, baisse de l'éspérance de vie
Depuis plusieurs décennies de nombreuses substances chimiques sont créées par l’industrie pour des usages divers et variés. Elles peuvent être employées dans le bâtiment, l’énergie, l’élaboration des médicaments et des cosmétiques ou encore l’alimentation. On estime que chaque mois 150 à 200 nouvelles molécules inventées par l’industrie chimique sont mises sur le marché (Wikipedia). Dans le monde plusieurs dizaines de milliers de substances chimiques différentes sont régulièrement produites et commercialisées.
En Europe, les industriels doivent réaliser des évaluations (Règlement REACH) des nouvelles substances sur la toxicité, l’exposition ou l’impact environnemental. Malgré ces règlementations les effets ne peuvent être évalués à 100%. Par exemple, les effets de longue durée sont difficiles à estimer. Par ailleurs, toutes les possibilités d’interaction entre les différentes molécules (effets cocktails) sont impossibles à évaluer. Ce dernier effet est probablement un des plus dangereux pour la santé humaine.
De plus en plus de preuves scientifiques s’accumulent pour lier l’exposition des populations à des substances chimiques de plus en plus nombreuses à certaines maladies, et notamment à l’augmentation importante du taux de cancers. Par exemple la France est devenue le premier pays au monde pour les cancers du sein, tous âges confondus mais aussi pour ls femmes de moins de 50 ans. La France est classée 4ème pour le cancer du pancréas. La Guadeloupe et la Martinique se classent respectivement 1ère et 3ème pour le cancer de la prostate.
Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé plus de 500 substances cancérogènes ou potentiellement cancérogènes pour l’être humain.
Même si le potentiel cancérogène de ces substances est démontré, quid des autres dizaines de milliers de substances chimiques issues du monde industriel ? Seulement une toute petite partie d’entre elles a fait l’objet d’une évaluation approfondie de leur toxicité.
Les comportements des substances chimiques dans la chaîne du vivant (dont le corps humain…) sont complexes, difficiles à évaluer par la science dans leur intégralité : les interactions multiples entre ces substances (effets cocktail) explosent quasiment à l’infini.
L’augmentation du taux de maladies graves, dont les cancers, qui entrainent des conditions de vie dramatiques pour les malades et parfois une baisse drastique de leur espérance de vie est l’exemple le plus marquant d’écologie punitive.
Nos sociétés reçoivent un coup de bâton extrêmement violent de l’impact des activités humaine sur nos conditions de vie.
Et s’il le faut, pour toutes celles tous ceux qui ne sont sensibles qu’aux aspects comptables et monétaires, voici un ordre de grandeur du coût du traitement de cancers : pour un cancer du sein, une chimiothérapie coûte jusqu’à 31000 euros par patient. Le coût d’un traitement par immunothérapie ou thérapie ciblée peut s’élever jusqu’à 115000 euros par patient. Tout ceci sans compter les coûts liés à l’absentéisme au travail.
Cet empoisonnement et les conséquences qui en découlent constituent bien le premier élément, et sans doute le plus grave, de punition écologique liée aux activités humaines sur l’environnement.
Perte de la biodiversité

Partout dans le monde la nature et avec elle toutes les espèces, végétales et animales qu’elle contient recule.
Par exemple les populations d’insectes ont diminué de 70 à 80% dans les paysages européens en quelques décennies. Ce déclin est du principalement à la diminution des habitats naturels (haies) et à l’utilisation de produits phytosanitaires en agriculture qui ont décimé les populations. S’ensuit une diminution d’autres espèces dépendantes des insectes pour leur alimentation.
La plupart des espèces animales sont perturbées par l’empreinte que nous laissons sur les milieux naturels : diminution des habitats naturels, pollution lumineuse, autres pollutions...
La biodiversité constitue le tissu vivant de notre planète et le fondement même de la vie sur Terre. Elle ne se limite pas à un simple catalogue d'espèces, mais génère un système dynamique d'interactions essentielles qui rend la planète habitable. Son effet maintient les écosystèmes en équilibre et assure la résilience face aux changements environnementaux, tout en fournissant des services irremplaçables à l'humanité.
Parmi ces services, les plus connus sont ceux liées à la fertilisation des systèmes végétaux (dont les systèmes agricoles) par les insectes, ou encore la fabrique des sols pour qu’ils soient cultivables ou facilitent l’infiltration de l’eau. On peut penser aussi au maintien des chaines alimentaires chez les animaux sauvages, avec le maintien des équilibres d’ongulés qui peuvent freiner les développements des forêts en se nourrissant des jeunes pousses, la régulation des sangliers par des prédateurs ou encore la régulation des lapins dans certaines régions qui peuvent provoquer des dégâts dans l’agriculture. Le maintien de mésanges facilite la régulation des chenilles processionnaires, qui causent des allergies chez les humains etc...
Les conséquences du changement climatique

Parmi les désastres écologiques, le changement climatique est celui qui est peut-être le plus populaire et le plus perceptible par la population.
L’augmentation des températures liée à celle de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère dérègle le climat et bouscule la vie des sociétés tout autour du globe.
Le changement climatique rend certaines zones inhabitables, impacte la mortalité, secoue les systèmes agricoles, augmente la violence des phénomènes climatiques extrêmes :
sécheresses, tempêtes, inondations…
Les feux de forêts se développent dans des régions jusqu’ici épargnées. L’augmentation des températures et les conditions de sécheresse fragilisent nos forêts, non seulement vis-à-vis des maladies at agresseurs, mais aussi face aux risques d’incendies. Ceux-ci sont de plus en plus fréquents et des zones du territoire, jusqu’ici peu touchés, sont dévastées par les incendies. On a vu ces dernières années de grandes surfaces dans les Landes ou encore en Bretagne disparaitre sous les flammes.
L’impact de ces incendies est considérable : risques de sécurité pour les pompiers en intervention, risques pour les habitations et autres bâtiments, perte de biodiversité, perte d’espaces naturels pour les activités récréatives, pertes d’espaces agricoles, perte d’exploitation de la chaine industrielle du bois… Au-delà des aspects de sécurité et économique les incendies laissent des espaces d’une immense désolation.
Ces risques nous forcent à repenser la protection de la forêt et sa structure. La France dispose d’une grande expérience dans ce domaine avec les forêts méditerranéennes, et cette expérience devra être transposée à l’ensemble du territoire. Aménagement des forêts, investissements dans des moyens aériens et terrestre pour lutter contre les incendies sont nécessaires. Le coût se chiffrera en milliards d’euros…
Les systèmes agricoles sont bouleversés par le changement climatique et la France n’y échappe pas. Augmentation des températures et sécheresses constituent un choc violent pour l’agriculture. La transformation que celle-ci devra effectuer pour pouvoir continuer à nous nourrir ne sera pas seulement technique. Déjà, selon des études scientifiques, certaines cultures ne seront plus possibles ou très difficiles en France dès 2035.
L’adaptation exige un changement culturel de l’ensemble de la société qui devra s’adapter aux possibilités d’une agriculture contrainte par un nouveau climat. L’adaptation devra intégrer un aménagement territorial global pour amortir le choc.
Conclusion rapide...
A l'appui de ces quelques exemples, cependant limités en nombre, on comprend bien quelles sont les conséquences de nos activités sur l'environnement. Elles ont et auront non seulement un coût financier ou économique considérable, mais aussi un impact sur nos conditions de vie et notre santé. Là se situe l'écologie punitive, qui n'est en fait que le prix à payer pour ne pas adapter nos comportements agressifs vis à vis de la nature.
Cet article a été rédigé par Frédéric Durdux
